OpenAI lance une société de déploiement détenue majoritairement avec plus de 4 milliards de dollars de capital engagé, une initiative directe pour intégrer son intelligence artificielle au sein des grandes entreprises et capturer une part du marché des services aux entreprises, estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars.
La nouvelle entité, baptisée OpenAI Deployment Company, est lancée avec une valorisation de 10 milliards de dollars et est soutenue par 19 entreprises, dont TPG, Goldman Sachs, SoftBank et Capgemini. Cette aventure marque un virage stratégique : passer de la vente de modèles d'IA via API à la fourniture d'une mise en œuvre pratique, un modèle lancé par la société d'analyse de données Palantir.
Pour doter l'unité en personnel, OpenAI a accepté d'acquérir le cabinet de conseil en IA basé au Royaume-Uni Tomoro, qui apportera environ 150 spécialistes du déploiement et ingénieurs à la nouvelle société dès le premier jour. Cette annonce intervient quelques jours seulement après que le laboratoire d'IA rival Anthropic a dévoilé une initiative similaire de services aux entreprises de 1,5 milliard de dollars avec Blackstone et Goldman Sachs.
Ce pivot vers les services est une réponse structurelle à la concurrence croissante. Alors que le chiffre d'affaires annualisé d'OpenAI aurait atteint 25 milliards de dollars en février, sa part de marché des API est passée d'environ 50 % en 2023 à 25 % projetés d'ici la mi-2025, alors qu'Anthropic et Google gagnent du terrain. La nouvelle branche de déploiement vise à créer un « fossé de mise en œuvre », rendant sa technologie plus indispensable qu'un simple appel API.
La méthode Palantir
La stratégie de la nouvelle société est centrée sur des « ingénieurs de déploiement avancé » qui travaillent directement au sein des organisations clientes pour relever des défis d'intégration complexes. Ce modèle reconnaît une réalité fondamentale du marché : pour chaque dollar dépensé par une entreprise dans un logiciel, elle en dépense environ six en conseil et services nécessaires pour le faire fonctionner. En créant sa propre version d'un cabinet de conseil, OpenAI se positionne pour capturer ce gain plus important, plutôt que de le laisser à des partenaires comme McKinsey et Capgemini, qui sont d'ailleurs ironiquement investisseurs dans la nouvelle structure.
L'acquisition de Tomoro fournit une équipe immédiatement opérationnelle et expérimentée. Le cabinet a déjà réalisé des déploiements d'IA complexes pour des clients tels que Tesco et Virgin Atlantic, incluant la création d'un agent de support en jeu pour Supercell qui a servi 110 millions d'utilisateurs en 12 semaines.
Une course pour la couche entreprise
La course à l'IA en entreprise ne concerne plus seulement les performances des modèles ; il s'agit de savoir qui possède la couche de mise en œuvre. Le récent partenariat de 1,5 milliard de dollars d'Anthropic avec Blackstone, Hellman & Friedman et Goldman Sachs suit la même logique : intégrer des ingénieurs pour repenser les flux de travail autour des agents d'IA. L'initiative d'OpenAI, supervisée par le COO Brad Lightcap, est une contre-mesure directe.
Les 19 partenaires d'investissement de la structure, qui parrainent collectivement plus de 2 000 entreprises, offrent un canal de distribution intégré puissant capable de contourner les cycles de vente longs et traditionnels des DSI (CIO). Cela permet à OpenAI de s'ancrer plus profondément dans le monde de l'entreprise alors qu'elle vise un chiffre d'affaires projeté de 85 milliards de dollars d'ici 2030, un objectif qui repose sur le fait que les agents d'IA deviennent le système d'exploitation par défaut des entreprises, et non une simple fonctionnalité.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.