L'exclusion du patron de Nvidia d'une visite présidentielle à enjeux élevés en Chine souligne la ligne de crête sur laquelle les géants technologiques américains doivent naviguer entre Washington et Pékin.
Le directeur général de Nvidia Corp., Jensen Huang, n'a pas été inclus dans un groupe de plus de 15 hauts dirigeants d'entreprises américaines accompagnant le président Donald Trump en Chine cette semaine, une omission notable compte tenu de l'escalade de la rivalité technologique entre les deux pays. La délégation pour le sommet du 13 au 15 mai avec le président Xi Jinping comprend les dirigeants d'Apple, de Tesla et de plusieurs grandes institutions financières, dans ce qui constitue la première visite d'État d'un président américain en près d'une décennie.
« Des deux côtés, il existe un consensus sur le fait que la stabilité entre les États-Unis et la Chine est importante », a déclaré Henrietta Levin, chercheuse principale au Center for Strategic and International Studies à Washington. « Une fois que l'on dépasse la question de la stabilité, la suite de la relation devient un peu plus compliquée, et pour cette raison, le résultat le plus probable de la réunion est très mince. »
Selon une liste publiée par Bloomberg, la liste exhaustive des participants comprend Tim Cook d'Apple, Elon Musk de Tesla, ainsi que les PDG de Boeing, Cisco et Goldman Sachs. L'absence de Huang est particulièrement significative alors que la Maison Blanche aurait concentré l'ordre du jour du voyage sur l'agriculture et l'aviation commerciale, même si de nombreux cadres technologiques sont présents.
La décision d'exclure Huang suggère que l'accès à la Chine pour des technologies sensibles comme les puces d'intelligence artificielle avancées de Nvidia reste une question profondément controversée. Pour Nvidia, ce camouflet crée une nouvelle incertitude pour sa stratégie à long terme en Chine, un marché que Huang a activement courtisé malgré les contrôles à l'exportation de Washington visant à freiner les progrès technologiques de Pékin.
Un jeu d'équilibriste sur les puces d'IA et les terres rares
Le sommet se déroule dans un contexte de trêve commerciale fragile et de concurrence stratégique croissante. Les États-Unis ont progressivement durci les restrictions sur l'exportation de semi-conducteurs avancés et des équipements nécessaires à leur fabrication, impactant directement des entreprises comme Nvidia. En réponse, la Chine a utilisé son propre levier économique, imposant des exigences de permis d'exportation sur les minéraux de terres rares, dont elle contrôle environ 70 % de l'extraction mondiale.
Cette dynamique crée une monnaie d'échange stratégique pour les deux parties : le contrôle américain sur les puces d'IA avancées contre la domination de la Chine sur les minéraux critiques essentiels à l'industrie manufacturière américaine. Bien que Huang ait publiquement soutenu que la vente de puces à la Chine crée une dépendance vis-à-vis de la technologie américaine, son entreprise reste prise entre deux feux. Le département du Commerce des États-Unis a instauré une politique de restriction sélective, créant un environnement de licence complexe que Pékin souhaite voir s'assouplir.
Un agenda plus large dominé par le commerce et l'Iran
Bien que la guerre des puces soit une question critique pour le secteur technologique, elle n'est qu'une composante d'un agenda complexe. L'un des principaux objectifs du sommet est de gérer la relation commerciale en cours, avec une extension potentielle de la trêve qui a stoppé une guerre tarifaire où les droits de douane atteignaient jusqu'à 145 %. Une commande massive, longtemps retardée, portant sur jusqu'à 500 Boeing 737 MAX serait également en cours de négociation, un accord qui aurait un poids économique et symbolique majeur.
La guerre en cours en Iran est un autre point important, les États-Unis pressant la Chine d'utiliser son influence auprès de Téhéran pour sécuriser les routes de transit pétrolier via le détroit d'Ormuz. Washington a récemment sanctionné des entreprises chinoises accusées d'avoir fourni des images satellites pour aider l'armée iranienne, une accusation que Pékin dément. Ce contexte plus large montre que si l'exclusion de Huang est un signal significatif pour l'industrie des semi-conducteurs, elle fait partie d'une négociation géopolitique beaucoup plus vaste où d'autres intérêts économiques et de sécurité peuvent primer.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.