La prise de contrôle de la compagnie nationale italienne par Lufthansa accentue la vague de consolidation qui déferle sur le secteur aérien européen, créant un concurrent de poids face à Air France-KLM et IAG.
La prise de contrôle de la compagnie nationale italienne par Lufthansa accentue la vague de consolidation qui déferle sur le secteur aérien européen, créant un concurrent de poids face à Air France-KLM et IAG.

Deutsche Lufthansa AG va prendre une participation de 90 % dans ITA Airways pour près de 400 millions de dollars, consolidant ainsi son contrôle sur le transporteur italien et intensifiant la bataille concurrentielle entre les plus grands groupes aériens européens pour la domination du marché. L'accord, annoncé mardi, marque une étape cruciale dans la stratégie du transporteur allemand visant à étendre sa présence en Europe du Sud.
« L'ironie de l'échec d'un concurrent est qu'il rend les compagnies aériennes restantes d'autant plus fortes », a déclaré récemment Henry Harteveldt, analyste aérien chez Atmosphere Research Group, à propos de la consolidation du marché. Bien qu'il parlait du marché américain, ses commentaires soulignent l'impératif stratégique derrière la démarche de Lufthansa d'absorber un rival et de réduire la concurrence.
L'acquisition valorise la compagnie italienne et s'inscrit dans une tendance de consolidation qui voit le ciel européen de plus en plus dominé par trois acteurs principaux : le groupe Lufthansa, Air France-KLM et IAG, propriétaire de British Airways et d'Iberia. L'opération est soumise à l'approbation des autorités réglementaires européennes, qui examineront son impact sur la concurrence, notamment sur les liaisons transatlantiques où ITA dispose d'un partenariat avec Delta et Air France-KLM.
Pour Lufthansa, sécuriser l'Italie — troisième marché de l'aviation en Europe — est essentiel pour contrer les compagnies à bas prix comme Ryanair et étendre sa portée. Cette décision est un défi direct à Air France-KLM, qui avait également manifesté son intérêt pour ITA. Le succès de l'acquisition dépendra de l'intégration de la compagnie italienne, historiquement déficitaire, et de la gestion d'un environnement de coûts élevés qui continue de peser sur les transporteurs à travers le monde.
L'accord marque le dernier chapitre de la longue saga de la compagnie nationale italienne, successeure de la défunte Alitalia. Pendant des années, le gouvernement italien a cherché un partenaire pour stabiliser le transporteur, un défi rendu plus aigu par le paysage des voyages post-pandémie. L'industrie est confrontée à l'envolée des coûts du carburant, aux goulots d'étranglement de la chaîne d'approvisionnement pour la maintenance des avions et à une modification des habitudes de voyage.
La stratégie de consolidation de Lufthansa contraste avec les difficultés observées dans d'autres segments du marché de l'aviation, en particulier celui des transporteurs à ultra-bas prix (ULCC). Aux États-Unis, l'effondrement récent de Spirit Airlines a mis en lumière la pression intense sur le modèle économique des compagnies à bas prix. Les compagnies historiques ont riposté avec succès en introduisant des tarifs « économie de base » et en utilisant leurs vastes réseaux et leurs programmes de fidélité à leur avantage. « Si le modèle de déversement n'est pas mort, il est sous assistance respiratoire », a déclaré l'analyste aérien Bill Swelbar, faisant référence à la stratégie des ULCC consistant à capter le trafic que les grandes compagnies ne peuvent pas accommoder.
Lufthansa, à l'instar de ses principaux homologues américains, se concentre sur le renforcement de ses hubs et sur l'exploitation de la demande en cabines premium pour stimuler la rentabilité. En intégrant ITA, Lufthansa obtient des créneaux précieux à l'aéroport Fiumicino de Rome et un réseau plus solide reliant l'Italie aux Amériques et à l'Asie. Cette échelle est cruciale pour rivaliser non seulement avec les autres groupes historiques, mais aussi avec les transporteurs à bas prix européens hautement efficaces qui ont remodelé les voyages court-courriers.
Le chemin à parcourir comporte des défis importants. L'intégration des opérations et de la flotte d'ITA dans la structure existante de Lufthansa, qui comprend SWISS, Austrian Airlines et Brussels Airlines, sera une entreprise complexe. En outre, l'accord fera sans aucun doute l'objet d'un examen attentif à Bruxelles, où les régulateurs ont déjà exprimé des inquiétudes quant aux fusions de compagnies aériennes réduisant le choix des consommateurs et augmentant les tarifs sur les liaisons clés.
Cet article est publié à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.