Les forces israéliennes sont passées de frappes ciblées à la destruction systématique de villes et d'infrastructures civiles dans le sud du Liban, a déclaré vendredi le Premier ministre libanais Nawaf Salam, avertissant que cette escalade équivaut à une punition collective contre les civils.
« L'armée israélienne essaie d'effacer la mémoire du Liban et de faire disparaître l'histoire de notre peuple », a déclaré Salam dans un discours retransmis à l'échelle nationale. « Mais cette politique de la terre brûlée n'apportera pas la sécurité à Israël. »
Ces commentaires interviennent alors qu'Israël intensifie sa campagne contre le Hezbollah, frappant plus de 150 cibles au cours des dernières 24 heures et émettant des ordres d'évacuation massifs pour Nabatieh et Tyr, deux des plus grandes villes du sud du Liban. Au moins 31 personnes ont été tuées mardi, dont quatre enfants, selon le ministère libanais de la Santé. Le bilan global a atteint 3 213 morts depuis l'escalade du conflit en mars, et plus d'un million de personnes ont été déplacées. Les troupes israéliennes ont traversé le fleuve Litani et opèrent plus profondément à l'intérieur du territoire libanais qu'à aucun moment depuis l'invasion de mars.
Cette escalade menace de faire échouer un fragile cessez-le-feu négocié par les États-Unis, entré en vigueur le 17 avril et prolongé le 15 mai pour 45 jours. Alors que le Hezbollah poursuit ses attaques de drones et de roquettes et que le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou promet « d'approfondir l'opération », la fenêtre diplomatique se referme avant le prochain cycle de négociations israélo-libanaises à Washington prévu les 2 et 3 juin. Le Pentagone a accueilli le 29 mai les toutes premières discussions militaires israélo-libanaises, mais le Hezbollah a dénoncé ces négociations et promis de poursuivre le combat.
Le tribut humanitaire s'alourdit alors que l'insécurité alimentaire s'aggrave
Le conflit exacerbe l'effondrement économique du Liban, déjà l'un des pires au monde depuis les années 1850. Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire a averti que près d'une personne sur quatre — environ 1,24 million — devrait être confrontée à une insécurité alimentaire aiguë entre avril et août. Le ministère de l'Agriculture a indiqué qu'environ 22 % des terres agricoles dans les zones touchées ont été endommagées, compromettant la production alimentaire et les moyens de subsistance. Un appel éclair des Nations Unies pour 308,3 millions de dollars n'a obtenu que 51,3 % du financement requis au 26 mai, forçant les agences d'aide à réduire leurs services essentiels. La fourniture d'eau aux réfugiés syriens doit cesser le 1er juin, ce qui accroît le risque d'épidémies d'origine hydrique, notamment l'hépatite A, la typhoïde et le choléra, selon Suzanne Takkenberg, directrice régionale pour le Liban chez Action Contre la Faim.
La position intérieure du Hezbollah est également sous tension. Le gouvernement libanais sous la présidence de Joseph Aoun a interdit toute action militaire du groupe en mars et continue de pousser à son désarmement, comme le stipule le cessez-le-feu de novembre 2024. Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a averti le gouvernement contre toute tentative de fermer les institutions financières du groupe, évoquant le spectre d'une guerre civile interne.
Le pétrole et l'or progressent alors que la prime de risque géopolitique s'élargit
L'escalade se répercute sur les marchés financiers. Les prix du pétrole brut Brent ont augmenté alors que les traders intègrent le risque de perturbations de l'approvisionnement dans l'ensemble du Moyen-Orient, tandis que l'or a progressé en tant que valeur refuge. La dernière fois qu'Israël a lancé une invasion terrestre du sud du Liban en 2006, le brut Brent a augmenté de 5 % au cours des deux premières semaines tandis que le S&P 500 a chuté de 3 %. Le conflit actuel a déjà impliqué l'Iran, qui conditionne ses propres pourparlers de paix avec les États-Unis à la fin des combats au Liban, ajoutant une couche supplémentaire d'incertitude aux perspectives d'approvisionnement énergétique de la région.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 21 % du commerce mondial de pétrole, reste un facteur de risque clé si le conflit s'élargit. Les négociateurs américains et iraniens mènent des pourparlers parrainés par le Pakistan, mais Téhéran a insisté sur le fait que tout accord doit inclure la fin des combats sur tous les fronts, y compris le Liban. Des responsables israéliens ont indiqué qu'ils considéraient la campagne libanaise comme distincte de tout accord américano-iranien.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.