Des voleurs masqués ont dérobé 27 pièces de joaillerie Art Nouveau d'une valeur d'environ 5 millions de dollars au Musée Lalique, dans le nord-est de la France, dimanche, dernier d'une série de vols très médiatisés dans des musées qui ont révélé des failles dans la sécurité culturelle du pays.
Trois cambrioleurs ont forcé une sortie de secours du musée de Wingen-sur-Moder, un village de 1 500 habitants situé à environ 60 km au nord-ouest de Strasbourg, vers 5 h 30, heure locale, selon la police et les responsables du musée. Une fois à l'intérieur, ils ont utilisé des masses pour briser six vitrines renforcées dans la galerie de bijoux et se sont enfuis avec le butin en 11 minutes, a rapporté le Wall Street Journal, citant le musée.
« Toutes les alarmes ont sonné, comme elles auraient dû. Et ensuite, avec la société de sécurité, il y a apparemment eu une grosse défaillance de leur part : ils ne sont pas intervenus tout de suite, ils n'ont pas informé les gendarmes », a déclaré Christian Dorschner, maire de Wingen-sur-Moder, au journal local Les Dernières Nouvelles d'Alsace. « Ils étaient sûrement bien informés pour réaliser ce travail de cette manière ; ce doivent être des spécialistes. »
Le butin dérobé comprend la pièce maîtresse du musée, « La Femme Libellule aux Ailes Ouvertes », un chef-d'œuvre d'or, de diamants et d'émail qui fut la première pièce acquise spécifiquement pour la création du musée, selon un porte-parole du musée. Ont également été emportés un buste, des broches, un flacon de parfum, deux bracelets, un peigne, une épingle à chapeau, une boucle de ceinture et plusieurs colliers et pendentifs. Étant donné que les bijoux sont fabriqués en cristal, émail, corne, ivoire et pierres semi-précieuses plutôt qu'en métaux précieux bruts, les pièces ne peuvent pas être facilement fondues ou démontées pour être revendues, a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête.
Ce casse est le dernier coup porté à la sécurité des musées français après un vol à la lumière du jour de 102 millions de dollars au Louvre à Paris en octobre 2025, au cours duquel des voleurs ont dérobé huit pièces des joyaux de la couronne française en moins de huit minutes. Aucun de ces objets n'a été retrouvé, bien que plusieurs suspects aient été arrêtés et inculpés. Un audit de sécurité ultérieur a révélé que 35 % des salles de l'aile Denon du Louvre, où les bijoux volés étaient exposés, n'étaient pas surveillées par des caméras de sécurité, selon Radio France. La directrice du Louvre, Laurence des Cars, a démissionné suite aux critiques concernant le vol et les problèmes d'effectifs de sécurité.
Les musées français ont subi une série d'effractions au cours de l'année écoulée. En novembre 2024, quatre hommes armés de haches et de battes de baseball ont brisé des vitrines au musée Cognacq-Jay à Paris, dérobant des œuvres du XVIIIe siècle qui ont donné lieu à un versement d'assurance de plus de 4 millions de dollars. Le lendemain, des bijoux d'une valeur de plusieurs millions de dollars ont été volés lors d'un braquage à main armée dans un musée de Saône-et-Loire. En septembre 2024, des voleurs ont dérobé trois pièces de porcelaine classées trésors nationaux au Musée national Adrien Dubouche à Limoges.
Le Musée Lalique, ouvert en 2011 sur le site d'une ancienne verrerie, abrite plus de 650 œuvres de René Lalique, le joaillier et verrier Art Nouveau et Art Déco qui a vécu de 1860 à 1945. Lalique a ouvert sa verrerie à Wingen-sur-Moder en 1921, et ses pièces se sont vendues pour près d'un million de dollars aux enchères, notamment un pendentif-collier « Guêpe » datant d'environ 1900 qui a atteint 970 000 dollars. Le musée a indiqué avoir fourni les détails de chaque pièce volée à la police, mais n'a pas encore publié de liste publique complète, ce qui pourrait compliquer les efforts de traçage des objets sur le marché secondaire.
Le musée a annoncé sur son site internet qu'il restera fermé pendant plusieurs jours suite au cambriolage. Les images de vidéosurveillance sont examinées dans le cadre de l'enquête, qui se poursuit.
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