Le ministre iranien des Affaires étrangères a accusé Israël de rechercher un conflit permanent, menaçant le fragile accord américano-iranien signé il y a quelques jours à peine.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a accusé Israël de rechercher un conflit permanent, menaçant le fragile accord américano-iranien signé il y a quelques jours à peine.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé Israël d'être « une menace pour toute l'humanité » n'ayant « d'autre intérêt que la guerre sans fin », une escalade rhétorique qui risque de faire capoter le mémorandum d'entente américano-iranien signé mercredi.
« Ce n'est pas le délire d'un fanatique du génocide quelconque — c'est un message public du ministre israélien de la Sécurité nationale », a déclaré Araghchi sur le réseau social X, en réponse à une publication d'Itamar Ben-Gvir, le ministre d'extrême droite qui a appelé à la reprise d'opérations militaires à grande échelle contre l'Iran et ses proxies.
Cette accusation survient alors que les forces israéliennes ont frappé au moins 80 cibles du Hezbollah dans le sud du Liban dans la nuit, tuant 18 personnes dans les attaques les plus meurtrières depuis la signature de l'accord américano-iranien, selon l'Agence nationale d'information libanaise. Quatre soldats israéliens ont péri dans les combats, dont un lieutenant-colonel, tandis que cinq autres ont été blessés par un drone explosif, a indiqué l'armée israélienne.
Cet échange menace de torpiller l'accord intérimaire en 14 points, qui prévoit une cessation immédiate des hostilités sur tous les fronts, y compris le Liban, et 60 jours de négociations bilatérales directes en vue d'un accord de paix plus large. Les pourparlers prévus en Suisse, où le vice-président JD Vance devait conduire la délégation américaine, ont été reportés vendredi alors que les combats s'intensifiaient. La Maison-Blanche a invoqué des problèmes logistiques, tandis que des responsables régionaux ont déclaré à l'Associated Press que l'Iran avait suspendu sa participation en raison des combats renouvelés au Liban et des commentaires du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Les marchés pétroliers mettent à l'épreuve la trêve fragile
Le brut Brent a grimpé de 1,2 % à 73,40 dollars le baril dans les premiers échanges asiatiques vendredi, les opérateurs intégrant le risque que les affrontements renouvelés entre Israël et le Hezbollah puissent compromettre la détente américano-iranienne. Le détroit d'Ormuz — par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près d'un cinquième de la consommation mondiale — avait connu une nette reprise du trafic jeudi, avec 25 navires commerciaux empruntant la voie maritime, le chiffre le plus élevé depuis la mi-avril, selon la société de données maritimes AXSMarine. Toute menace renouvelée sur le détroit inverserait immédiatement cette normalisation.
La dernière fois que l'Iran et Israël ont échangé des accusations à ce niveau, c'était en avril, lorsque l'Iran a lancé plus de 300 drones et missiles sur Israël en représailles à une frappe contre son consulat à Damas. Cet échange avait poussé le Brent au-dessus de 92 dollars le baril et envoyé l'or à un record de 2 431 dollars l'once à l'époque. L'or s'échangeait à 2 388 dollars vendredi, en hausse de 0,3 %, les investisseurs se tournant vers les valeurs refuges.
Le double jeu de l'Iran : accord signé, confiance refusée
Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a déclaré vendredi que le régime avait signé le mémorandum mais qu'il avait « une méfiance totale » envers les États-Unis pour respecter l'accord, avertissant que « tout écart ou violation » entraînerait une action réciproque. Cette déclaration souligne l'asymétrie fondamentale dans la manière dont les deux camps présentent l'accord : le président Trump le présente comme une victoire de la pression américaine, tandis que Téhéran le décrit comme la preuve du désespoir de Washington.
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que les discussions directes avec les États-Unis seraient liées aux « lignes rouges » de Téhéran, ajoutant que « si l'ennemi cherche à être excessif, nous avons prouvé que nos doigts sont sur la gâchette ». La fenêtre de négociation de 60 jours, qui devait débuter vendredi en Suisse, n'a désormais plus de date de début confirmée.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a appelé les États-Unis à faire pression sur Israël pour qu'il cesse ses opérations au Liban, déclarant que l'accord « implique la cessation des hostilités » et que Washington « doit exercer toutes les pressions nécessaires ». Le Hezbollah, désigné organisation terroriste par les États-Unis et Israël, a déclaré qu'il continuerait à attaquer les troupes israéliennes, accusant Israël de n'avoir jamais respecté aucun cessez-le-feu depuis novembre 2024.
Le principal risque pour les marchés est que le compte à rebours diplomatique de 60 jours devienne un compte à rebours vers un conflit renouvelé plutôt qu'un chemin vers la paix. Si les pourparlers échouent, le détroit d'Ormuz pourrait redevenir un point chaud, les prix du pétrole pourraient s'envoler, et le secteur de la défense — déjà élevé en raison des primes de risque au Moyen-Orient — connaîtrait de nouveaux gains. L'indice de référence israélien TA-35 a chuté de 0,8 % vendredi, tandis que le shekel israélien s'est affaibli de 0,4 % face au dollar.
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