Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré lundi que 6 milliards de dollars sur les 12 milliards de dollars d'actifs iraniens gelés au Qatar seront libérés et restitués au pays, la première mesure concrète de ce qui pourrait devenir un dégel plus large d'environ 100 milliards de dollars de recettes pétrolières iraniennes bloquées dans le monde.
« Sur la base des plans établis, 6 milliards de dollars sur le total de 12 milliards de dollars de ressources iraniennes au Qatar seront libérés et restitués au pays, et les suivis nécessaires sont en cours », a cité l'agence de presse d'État IRNA, rapportant les propos de Pezeshkian. Ces déclarations semblaient viser à convaincre l'opinion publique iranienne de l'accord intérimaire signé ce mois-ci entre Téhéran et Washington.
Ces fonds, provenant à l'origine des ventes de pétrole iranien, étaient bloqués par les sanctions américaines et représentent environ 6 % des quelque 100 milliards de dollars d'actifs gelés de l'Iran dispersés à travers le monde. Ces mêmes 6 milliards de dollars faisaient partie d'un accord d'échange de prisonniers de 2023 qui avait libéré cinq citoyens américains de la détention iranienne, avant d'être de nouveau gelés après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023. Dans le cadre du nouvel accord, l'argent sera géré par deux banques qataries, Al-Ahli et Dukhan, avec un accès contrôlé par la banque centrale iranienne et réservé exclusivement aux achats humanitaires de nourriture, médicaments et autres biens essentiels. La libération progressive est conditionnée à des jalons liés à des discussions plus larges sur la résolution des conflits.
Ce dégel des actifs intervient alors que les États-Unis et l'Iran ont convenu dimanche de cesser les hostilités récentes dans le Golfe et de reprendre les pourparlers techniques mardi à Doha, selon un haut responsable américain cité par Axios, après plusieurs jours d'attaques de représailles qui menaçaient de faire échouer le protocole d'accord en 14 points signé le 17 juin. L'accord, qui prévoit une période de négociation de 60 jours, couvre les arrangements concernant le détroit d'Ormuz — par lequel transite normalement un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux — la levée du blocus américain des ports iraniens et l'avenir du stock d'uranien hautement enrichi de l'Iran. La dernière fois que Washington a débloqué une tranche comparable d'actifs iraniens, en septembre 2023, les prix du pétrole avaient chuté d'environ 4 % au cours de la semaine suivante, les traders ayant intégré un risque réduit de perturbation de l'offre.
Le détroit d'Ormuz reste un point chaud
L'insistance de l'Iran à contrôler le passage par cette voie navigable stratégique a provoqué des tensions répétées avec Washington. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a averti dimanche que toute tentative d'établir de nouveaux arrangements maritimes ou des routes distinctes « ne fera que conduire à des situations plus compliquées et à des retards dans la réouverture du détroit d'Ormuz, et accroîtra les tensions ». Ces déclarations faisaient suite à l'annonce par Oman d'un itinéraire alternatif longeant sa côte, que Téhéran considère comme un défi à son autorité.
Le trafic maritime à travers le détroit a fortement diminué. L'organisme maritime multinational supervisé par la marine américaine a fait état de 89 transits commerciaux assistés au cours des 72 dernières heures, bien en deçà de la moyenne historique de 138 navires par jour. Les contrats à terme sur le brut Brent ont augmenté de 0,8 % à 72,57 dollars le baril lundi, tandis que le West Texas Intermediate a gagné 1,3 % à 70,11 dollars, les traders évaluant la reprise de la voie diplomatique face à l'escalade militaire du week-end. L'or spot a reculé de 0,6 % à 4 062,89 dollars l'once, prolongeant sa quatrième baisse mensuelle consécutive de 10,4 %, alors que la hausse des prix du brut alimente les anticipations d'inflation qui soutiennent la thèse d'une hausse des taux par la Réserve fédérale.
Les enjeux
La libération des actifs et la reprise des pourparlers représentent le progrès diplomatique le plus significatif entre Washington et Téhéran depuis l'échange de prisonniers de 2023, mais l'accord reste fragile. Le Corps des Gardiens de la révolution iranienne a revendiqué des attaques de drones et de missiles contre des sites militaires américains au Koweït et à Bahreïn tôt dimanche, peu après que le président Donald Trump a averti sur les réseaux sociaux que les États-Unis pourraient « être contraints d'achever le travail militairement » et que « la République islamique d'Iran n'existera plus » si l'accord échouait. Le Koweït et Bahreïn ont tous deux confirmé avoir intercepté des projectiles, sans faire état de pertes américaines.
Le protocole d'accord en 14 points exige la fin des combats sur tous les fronts avant que certaines questions puissent être discutées, notamment le conflit au Liban où Israël et le Hezbollah continuent de s'affronter malgré un accord-cadre parrainé par les États-Unis signé vendredi. L'Iran a insisté sur le fait que le retrait d'Israël du sud du Liban est une condition préalable au maintien de l'accord global. Les pourparlers techniques à Doha cette semaine permettront de vérifier si les deux parties peuvent transformer le cessez-le-feu en un règlement durable — ou si le schéma d'escalade et de trêve qui a caractérisé les quatre derniers mois va se poursuivre.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.