La fuite vers la sécurité sur les marchés des changes pousse la roupie indonésienne à un plus bas historique, signalant des risques accrus pour les économies émergentes.
La fuite vers la sécurité sur les marchés des changes pousse la roupie indonésienne à un plus bas historique, signalant des risques accrus pour les économies émergentes.

La roupie indonésienne s'est affaiblie au-delà de 17 700 pour un dollar pour la première fois lundi, alors que l'escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient a déclenché une vente massive des devises des marchés émergents et une fuite vers le dollar américain.
« La flambée du dollar est une réponse directe à l'incertitude découlant du Moyen-Orient, et les marchés émergents ayant une dette extérieure élevée sont les plus vulnérables », a déclaré un analyste de marché. « Pour l'Indonésie, cela place la banque centrale dans une position très difficile. »
La chute de la roupie s'inscrit dans un ralentissement régional plus large. La roupie indienne a également atteint un nouveau record de faiblesse à 96,18 contre le dollar, tandis que le ringgit malaisien et le won sud-coréen ont tous deux enregistré des baisses significatives. L'indice du dollar, qui mesure le billet vert par rapport à un panier de principales devises, a grimpé à 99,36. La vente a été exacerbée par une flambée des prix du pétrole, le Brent s'échangeant au-dessus de 111,50 $ le baril, attisant les craintes d'inflation.
La dépréciation de la roupie pose une triple menace pour l'économie indonésienne : elle augmente le fardeau des entreprises ayant une dette libellée en dollars, risque d'importer une inflation qui pourrait forcer la Banque d'Indonésie à relever ses taux dans une économie au ralenti, et pourrait épuiser les réserves de change si la banque centrale intervient. Le risque majeur est la contagion, où la crise monétaire en Indonésie et en Inde se propagerait à d'autres marchés émergents.
La forte dépréciation de la monnaie impose un choix difficile à la Banque d'Indonésie. Une intervention pour soutenir la roupie drainerait ses réserves de change, qui se situaient à un niveau sain avant les récents troubles. Cependant, laisser la monnaie chuter librement pourrait déclencher une vague d'inflation et de défauts de paiement des entreprises, déstabilisant potentiellement le système financier.
La situation rappelle les crises précédentes des marchés émergents où la combinaison d'un dollar fort, d'une hausse des taux d'intérêt américains et d'un choc régional spécifique a conduit à une fuite des capitaux. La dernière fois que l'indice du dollar était à ces niveaux, les devises asiatiques ont connu un ralentissement important, bien que les fondamentaux économiques de l'Indonésie soient plus solides aujourd'hui qu'ils ne l'étaient lors de la crise financière asiatique de 1997.
La pression ne s'est pas limitée à l'Indonésie. En Inde, le plus bas historique de la roupie est intervenu alors que le pays fait face à un creusement du déficit de son compte courant, exacerbé par le coût élevé des importations de pétrole. L'Inde a récemment durci les règles sur les importations d'argent afin de préserver ses devises étrangères. Dans toute l'Asie, les banques centrales sont en état d'alerte maximale.
La trajectoire de la roupie et des autres devises régionales sera dictée par deux facteurs principaux : la désescalade des tensions au Moyen-Orient, particulièrement concernant le détroit d'Ormuz, et la réponse politique de la Réserve fédérale américaine (Fed). Tout signal d'une position plus accommodante (dovish) de la Fed pourrait offrir un peu d'air aux marchés émergents, mais pour l'instant, la fuite vers la sécurité du dollar américain se poursuit sans relâche.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.