Google, filiale d'Alphabet, a fait appel d'une décision historique d'un tribunal fédéral américain concluant qu'elle monopolisait illégalement la recherche en ligne. Ce défi à enjeux élevés menace de démanteler le modèle commercial de son empire de 400 milliards de dollars par an et de remodeler le paysage concurrentiel de l'intelligence artificielle.
Dans ses documents juridiques, Google a soutenu avoir réussi en bâtissant un « moteur de recherche supérieur grâce à un travail acharné, une innovation audacieuse et des décisions commerciales judicieuses », contestant directement la conclusion du tribunal selon laquelle ses accords exclusifs nuisaient à la concurrence. L'entreprise maintient que des partenaires comme Apple ont choisi Google pour sa qualité, et non par manque d'alternatives.
L'appel, déposé devant la Cour d'appel des États-Unis pour le circuit de D.C., vise une décision de 2024 du juge Amit Mehta. Le jugement a établi que Google avait illégalement bloqué la concurrence en payant des milliards chaque année pour rester le moteur de recherche par défaut sur les smartphones et les navigateurs. Les témoignages au cours du procès ont révélé que Google avait payé près de 20 milliards de dollars à Apple rien qu'en 2022, accordant à Apple l'équivalent de 36 % des revenus publicitaires générés par son navigateur Safari.
Pour les investisseurs, l'appel prolonge une période d'incertitude juridique importante pour Alphabet, qui se négocie à 22 fois l'EBITDA sur douze mois. Une défaite en appel pourrait confirmer des mesures correctives forçant Google à partager ses données de recherche avec ses rivaux et à restreindre ses accords commerciaux, tandis qu'une victoire éliminerait un poids majeur qui assombrit sa domination du marché.
Le champ de bataille de l'IA
L'affaire antitrust est devenue un champ de bataille critique pour l'avenir de l'intelligence artificielle. La décision du juge Mehta incluait des remèdes qui obligeraient Google à partager des portions de ses vastes données de recherche, une mesure qui pourrait grandement profiter aux développeurs d'IA. Des entreprises comme OpenAI et Anthropic, qui nécessitent d'énormes ensembles de données et des capacités d'indexation du web pour entraîner leurs modèles, sont considérées comme des bénéficiaires potentiels si les mesures sont maintenues. Le département de la Justice a soutenu que l'accès aux canaux de distribution et aux données de Google pourrait déterminer quelles entreprises domineront la prochaine ère de l'IA.
Google soutient que le partage forcé de données pourrait compromettre la vie privée des utilisateurs et l'innovation qui a fait de son moteur de recherche un leader du marché. L'appel de l'entreprise fait valoir que les fabricants d'appareils et les développeurs de navigateurs ont toujours été libres de promouvoir des moteurs de recherche rivaux, y compris Bing de Microsoft. Cette défense vise à présenter ses paiements de plusieurs milliards de dollars non pas comme des barrières anticoncurrentielles, mais comme une compensation équitable pour un emplacement numérique de premier choix.
Certitude contre Optionalité
La bataille juridique souligne le cœur de la proposition de valeur d'Alphabet : un écosystème profondément ancré générant des flux de trésorerie énormes et prévisibles. Avec un chiffre d'affaires annuel de plus de 400 milliards de dollars et un carnet de commandes Google Cloud qui a bondi à 462 milliards de dollars, l'entreprise est valorisée sur une échelle déjà établie. Cela contraste fortement avec les histoires de croissance spéculatives comme SpaceX, qui se négocie à plus de 200 fois l'EBITDA. Le marché valorise la certitude d'Alphabet, mais l'affaire du DOJ attaque directement le fondement de cette certitude.
Le département de la Justice devrait déposer ses propres arguments en appel en juillet et a précédemment indiqué qu'il pourrait demander des mesures encore plus strictes, y compris d'éventuels changements structurels dans les activités de Google. La bataille juridique devrait durer plusieurs mois et pourrait finalement aboutir devant la Cour suprême des États-Unis, laissant en suspens la structure de la principale porte d'entrée mondiale à l'information.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.