Les pertes trimestrielles des entreprises industrielles et technologiques soulignent les risques opérationnels et financiers croissants pour les multinationales confrontées aux conflits au Moyen-Orient et à la montée du sentiment anti-étranger en Chine.
L'instabilité géopolitique n'est plus un risque de second plan mais un frein direct aux bénéfices des entreprises, comme en témoignent les derniers rapports trimestriels d'Expro Group et de Wolfspeed. Les deux entreprises à vocation industrielle ont fait état de pertes nettes combinées de plus de 121 millions de dollars, citant d'importantes perturbations dues aux frictions politiques mondiales qui sont désormais une préoccupation centrale pour les investisseurs.
L'impact a été explicitement quantifié par Expro, une société de services pétroliers. « La fin du trimestre a été marquée par une incertitude géopolitique au Moyen-Orient qui menace l'équilibre mondial de l'offre et de la demande à court terme », a déclaré Michael Jardon, PDG d'Expro, lors de la conférence téléphonique sur les résultats de la société le 5 mai, notant qu'une petite partie de ses opérations au Moyen-Orient avait été affectée.
Expro a publié une perte nette au premier trimestre de 1 million de dollars pour un chiffre d'affaires de 368 millions de dollars, tandis que l'entreprise de semi-conducteurs Wolfspeed a enregistré une perte nette au troisième trimestre de 120 millions de dollars pour un chiffre d'affaires d'environ 150 millions de dollars. Pour Expro, les défis étaient externes, tandis que les pertes de Wolfspeed sont survenues alors qu'elle sortait de la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites, soulignant la double pression de la restructuration interne et d'une économie mondiale volatile.
Ces résultats fournissent une mesure concrète de la manière dont les tensions géopolitiques se traduisent en coûts financiers tangibles. Pour les investisseurs, ces rapports soulignent la nécessité de réévaluer la prime de risque pour les entreprises ayant une exposition internationale significative, alors que les conflits latents et la montée du nationalisme deviennent des coups matériels portés à la rentabilité.
Expro navigue face aux vents contraires du Moyen-Orient
Les résultats du premier trimestre d'Expro ont été directement affectés par le conflit au Moyen-Orient, qui, selon la société, devrait réduire le chiffre d'affaires de 10 à 15 millions de dollars au deuxième trimestre. Malgré ces vents contraires, la société réaffirme ses prévisions pour l'ensemble de l'année, soit un chiffre d'affaires de 1,6 à 1,65 milliard de dollars, signalant ainsi sa confiance dans sa capacité à gérer les perturbations.
Dans le cadre de sa stratégie, la société a annoncé l'acquisition d'Enhanced Drilling pour environ 215 millions de dollars en espèces. Cette opération ajoute la technologie de forage à pression gérée à son portefeuille, ce qui, espère Expro, permettra d'élargir son offre de services et de renforcer sa position à mesure que le marché du forage offshore devient plus constructif.
Pressions internes et externes sur Wolfspeed
Pour Wolfspeed, un fabricant de composants en carbure de silicium, la perte nette de 120 millions de dollars survient à un moment critique. La société a récemment achevé les procédures du chapitre 11 et exécute une restructuration majeure, qui comprend la concentration de ses installations de Durham sur la production de matériaux afin d'améliorer son potentiel de gains.
Bien que le communiqué de presse de la société n'ait pas cité de facteurs géopolitiques spécifiques, sa sortie de faillite et ses marges brutes négatives persistantes brossent le portrait d'une entreprise naviguant dans une transformation interne significative au sein d'un environnement externe difficile. La société prévoit un chiffre d'affaires au quatrième trimestre compris entre 140 et 160 millions de dollars, avec des marges brutes restant négatives, reflétant un chemin difficile à venir.
Le syndrome chinois
Au-delà des conflits ouverts impactant les services énergétiques, un risque plus discret mais tout aussi puissant croît pour les entreprises étrangères en Chine. Un rapport récent d'un correspondant du Wall Street Journal détaille une augmentation marquée du nationalisme et de la suspicion envers les étrangers après huit ans passés dans le pays.
Le rapport décrit un environnement où une campagne anti-espionnage nationale et des messages officiels ont favorisé la méfiance du public envers les étrangers. Cela a créé des obstacles opérationnels pour les entreprises, certains bureaux étrangers ayant été perquisitionnés et des dirigeants confrontés à des défis juridiques. Pour les entreprises dépendantes du marché ou des chaînes d'approvisionnement chinoises, cela représente un risque significatif et difficile à quantifier qui n'apparaît pas dans un état financier standard mais qui a un impact matériel sur la capacité à faire des affaires.
Cette tendance oblige les entreprises à reconsidérer leur présence dans la région. La possibilité de reconfigurations des chaînes d'approvisionnement, de désinvestissement ou simplement d'incapacité à mener des opérations commerciales normales augmente la prime de risque pour les actifs liés au marché chinois, un facteur que les investisseurs sont désormais contraints d'intégrer dans les prix.
Cet article est uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.