Marine Le Pen peut se présenter à l'élection présidentielle française de 2027 après qu'une cour d'appel a réduit son interdiction d'éligibilité à la durée déjà purgée, faisant grimper les rendements obligataires français alors que le risque politique se réajuste.
Une cour d'appel de Paris a autorisé mardi Marine Le Pen à se présenter à l'élection présidentielle française de 2027, ramenant son interdiction d'éligibilité à 15 mois déjà purgés et poussant les rendements des OAT françaises à la hausse alors que l'incertitude politique revenait sur le marché.
« La cour a mis en balance le principe de la liberté de l'électeur contre l'intégrité de la fonction publique, et a choisi le premier », a déclaré Jean-Yves Camus, historien politique spécialiste de l'extrême droite à l'Institut Iris. « Le défi logistique de faire campagne avec un bracelet électronique reste considérable. »
La cour a confirmé la condamnation de Le Pen pour détournement de 474 000 euros de fonds du Parlement européen dans le cadre d'un système plus large qui a détourné 2,8 millions d'euros sur 11 ans pour rémunérer le personnel du Rassemblement National. Elle a réduit sa peine d'emprisonnement à trois ans — deux avec sursis et un à purger sous assignation à résidence avec surveillance électronique — contre quatre ans initialement. L'interdiction d'éligibilité de cinq ans a été réduite à 45 mois, dont 30 avec sursis, ce qui signifie que les 15 mois déjà purgés depuis le jugement de mars 2025 satisfont à la peine.
Cette décision lance effectivement la course à la présidentielle de 2027 avec 10 mois d'avance, Le Pen étant en tête des sondages après trois candidatures infructueuses. Les rendements des OAT françaises ont augmenté suite à cette décision, les investisseurs réévaluant le risque qu'un gouvernement eurosceptique et expansionniste sur le plan budgétaire prenne le pouvoir dans la deuxième plus grande économie de la zone euro.
Le dilemme du bracelet électronique
Le Pen a déclaré qu'elle ne ferait pas campagne pour la présidence tout en portant un bracelet électronique, affirmant à la chaîne d'information française LCI la semaine dernière que « quand on est candidat à la présidentielle, il faut avoir une totale liberté de mouvement ». Le bracelet la confine chez elle la nuit, un juge d'application des peines devant encore fixer des horaires précis de couvre-feu. Les restrictions de week-end sont généralement plus strictes. Après au moins six mois de conformité, un juge pourrait retirer le bracelet pour bonne conduite, ce qui nécessiterait également le paiement de l'amende de 100 millions d'euros imposée par le tribunal.
Si Le Pen refuse de se présenter, son protégé Jordan Bardella, le président du Rassemblement National âgé de 30 ans, deviendrait le candidat. Les sondages montrent que les deux figures sont de sérieux prétendants pour atteindre le second tour prévu les 18 avril et 2 mai 2027, bien que l'inexpérience relative de Bardella soulève des questions sur sa capacité à résister à une campagne éprouvante.
Implications pour les marchés
La dernière fois que le risque politique français avait grimpé à une telle échelle, c'était lors des élections législatives anticipées de 2024, lorsque l'écart OAT-Bund s'était creusé à plus de 80 points de base. La décision de mardi réintroduit cette dynamique : le programme de Le Pen a historiquement inclus des propositions visant à abaisser l'âge de la retraite, réduire les taxes sur l'énergie et contester les règles budgétaires de l'UE — des politiques qui creuseraient le déficit budgétaire de la France, déjà supérieur à 5 % du produit intérieur brut.
Les marchés de prédiction se sont ajustés immédiatement après le verdict, augmentant la probabilité de Le Pen de remporter la présidence tout en maintenant Bardella comme le candidat le plus probable du Rassemblement National. L'écart entre les rendements des obligations d'État françaises et allemandes à 10 ans s'est creusé alors que les traders se couvraient contre le scénario d'un gouvernement d'extrême droite contrôlant la politique budgétaire dans un pays dont la dette publique s'élève à 3 100 milliards d'euros.
Le Pen doit s'adresser à la nation mardi soir à 20 heures, heure de Paris, sur TF1, où elle devrait annoncer si elle se présente sous surveillance électronique ou si elle confie la candidature à Bardella. Les 11 prévenus dans cette affaire ont été reconnus coupables, bien que l'ancien allié de Le Pen, Bruno Gollnisch, ait qualifié le verdict de « farce et de manœuvre politique ».
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