Un rare motif graphique baissier sur l'EUR/GBP suggère que la paire pourrait casser sous 0,85 après que la Banque centrale européenne aura procédé à sa première hausse de taux en deux ans, jeudi.
La Banque centrale européenne devrait relever son taux de dépôt de 25 points de base à 2,25 % jeudi, sa première hausse depuis 2024, mais la paire EUR/GBP a déjà intégré ce mouvement — laissant la porte ouverte à une cassure à partir d'une rare formation graphique qui, historiquement, a précédé des baisses marquées.
« La BCE est dans une position délicate — elle doit relever ses taux pour contenir l'inflation induite par l'énergie, mais l'économie de la zone euro reste fragile », a déclaré Frederik Ducrozet, responsable de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management. « Les orientations prospectives compteront plus que la décision sur les taux elle-même. »
La paire EUR/GBP s'échangeait à 0,8627 jeudi, en baisse par rapport à un sommet de 2025 à 0,8865, alors que les traders se positionnent face à la divergence entre les trajectoires politiques de la BCE et de la Banque d'Angleterre. Plus de 90 % des économistes interrogés par Reuters s'attendent à une hausse de 25 points de base, ce qui porterait le taux de la facilité de dépôt à 2,25 %, le taux des opérations principales de refinancement à 2,40 % et la facilité de prêt marginal à 2,65 %. Ces trois taux sont inchangés depuis le 30 avril, après le dernier ajustement — une baisse de 25 points de base effective au 11 juin 2025.
Si la BCE délivre une surprise dovish — ou si la présidente Christine Lagarde signale une hausse unique plutôt que le début d'un cycle de resserrement — l'EUR/GBP pourrait casser sous le support clé proche de 0,8580, un niveau qui tient depuis mars. Une cassure ouvrirait la voie vers 0,8450, son plus bas niveau depuis septembre 2024, selon les analystes techniques qui suivent cette formation.
Le motif graphique en question
La formation rare — un triangle descendant avec une base de support plate et des sommets déclinants — est apparue sur le graphique journalier au cours des trois derniers mois. Le motif se résout généralement par une cassure à la baisse, et l'objectif de mouvement mesuré pointe vers un déclin d'environ 2 % par rapport aux niveaux actuels, cohérent avec un mouvement vers 0,8450. La dernière fois qu'une structure similaire est apparue sur l'EUR/GBP remonte au premier trimestre 2024, précédant une chute de 3,2 % au cours des six semaines suivantes.
Ce que dira Lagarde compte le plus
Les marchés à terme ont entièrement intégré la hausse attendue jeudi, ce qui signifie que l'annonce seule est peu susceptible de faire bouger la paire de manière significative. Le véritable catalyseur viendra de la conférence de presse de Lagarde à 14 h 30, heure de Francfort, et des projections économiques actualisées de la BCE.
Le conflit en cours en Iran a fait bondir les coûts de l'énergie à travers l'Europe, créant des effets inflationnistes de second tour que la BCE ne peut ignorer. La hausse des prix de l'énergie se répercute sur les chaînes d'approvisionnement, fait grimper les coûts alimentaires et finit par s'ancrer dans les revendications salariales. Les projections actualisées des services de la BCE devraient montrer des prévisions d'inflation plus élevées pour 2026 et 2027, ce qui pourrait justifier une trajectoire de resserrement plus agressive.
Les analystes spéculent déjà sur une hausse supplémentaire dès septembre. Si Lagarde laisse la porte ouverte à des hausses consécutives, l'EUR/GBP pourrait trouver un soutien temporaire. Mais si elle insiste sur l'incertitude des perspectives et la fragilité de la croissance dans la zone euro, la paire pourrait casser à la baisse.
Le facteur BoE
La propre décision de politique monétaire de la Banque d'Angleterre, prévue la semaine prochaine, ajoute une couche de complexité supplémentaire. La BoE a maintenu une position relativement hawkish, les marchés intégrant un cycle d'assouplissement plus lent par rapport à la BCE. Ce différentiel de taux a été un moteur clé du déclin de l'EUR/GBP depuis le sommet de 0,8865, et toute surprise hawkish de la BoE amplifierait la pression baissière sur la paire.
Les marchés monétaires intègrent actuellement la première baisse de taux de la BoE au quatrième trimestre 2026, plus tard que celle attendue de la BCE au second semestre de l'année, offrant à la livre sterling un avantage de rendement qui a pesé sur l'euro.
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