La Commission européenne a accusé Sanofi d'avoir mené une campagne trompeuse pour stimuler les ventes de son vaccin antigrippal Efluelda au détriment du vaccin concurrent Fluad.
La Commission européenne a ouvert vendredi une enquête antitrust visant à déterminer si Sanofi SA a enfreint les règles de concurrence de l'UE en dénigrant un vaccin antigrippal concurrent en France et en Allemagne, deux marchés où le laboratoire français détient une position dominante.
« La Commission craint que Sanofi ait mené une campagne de communication trompeuse pour promouvoir son vaccin Efluelda tout en dénigrant le Fluad de CSL Seqirus », a déclaré l'autorité européenne dans un communiqué vendredi.
L'enquête fait suite à des perquisitions surprises menées dans les bureaux de Sanofi en septembre 2025. Sanofi avait alors déclaré être confiant d'avoir respecté toutes les règles applicables et promis sa pleine coopération. Le groupe a réitéré cette position vendredi, sans commenter davantage les spécificités de l'enquête.
Si elle est reconnue coupable d'infraction aux règles de concurrence de l'UE, Sanofi s'expose à des amendes pouvant atteindre 10 % de son chiffre d'affaires annuel mondial — une pénalité qui, sur la base des ventes 2025 du groupe d'environ 45 milliards d'euros, pourrait se chiffrer en milliards. Cette affaire menace également de remodeler la manière dont les laboratoires pharmaceutiques commercialisent les vaccins dans les deux plus grandes économies européennes.
L'enquête porte sur la commercialisation par Sanofi d'Efluelda, un vaccin antigrippal à haute dose destiné aux adultes de 65 ans et plus, et sur le prétendu dénigrement de Fluad, un vaccin antigrippal adjuvanté de CSL Seqirus. Les deux produits sont en concurrence sur le même segment du marché saisonnier de la grippe, qui génère des milliards d'euros de ventes annuelles dans l'ensemble de l'Union européenne. Lancé en Europe en 2020, Efluelda a été un moteur de croissance clé pour la division vaccins de Sanofi, qui a enregistré environ 7,4 milliards d'euros de revenus en 2025.
La position dominante de Sanofi en France et en Allemagne — deux des plus grands marchés pharmaceutiques de l'UE — confère à cette affaire une importance accrue au regard du droit européen de la concurrence. La Commission a spécifiquement cité le pouvoir de marché du groupe dans ces pays comme un facteur ayant motivé sa décision d'ouvrir une procédure formelle. Ensemble, la France et l'Allemagne représentent plus de 30 % du marché pharmaceutique de l'UE en termes de revenus, selon des estimations du secteur.
Un schéma de surveillance réglementaire
Cette enquête s'ajoute à une liste croissante d'actions antitrust de l'UE ciblant les grands groupes pharmaceutiques. Les régulateurs européens se concentrent de plus en plus sur les pratiques de commercialisation susceptibles de fausser la concurrence, en particulier sur les marchés où une seule entreprise détient un pouvoir de fixation des prix significatif. Les perquisitions menées en septembre 2025 dans les locaux de Sanofi avaient signalé l'intérêt de la Commission des mois avant l'annonce officielle de vendredi.
CSL Seqirus, la société de biotechnologie australienne qui fabrique Fluad, n'a pas commenté publiquement l'enquête. Ses actions étaient en baisse vendredi à la Bourse australienne suite à l'annonce. Les actions Sanofi ont également reculé en début de séance à Paris, les investisseurs évaluant les conséquences financières et réputationnelles potentielles de l'enquête.
La Commission n'a pas fixé de date butoir pour la conclusion de l'enquête. Les affaires antitrust de l'UE mettent généralement deux à trois ans à être résolues, bien que des conclusions préliminaires puissent émerger plus tôt. Sanofi pourra présenter sa défense et proposer des mesures correctives pour répondre aux préoccupations de la Commission au cours de la procédure. L'issue pourrait créer un précédent quant à la manière dont les fabricants de vaccins commercialisent leurs produits concurrents dans la région.
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