Le Canada mise 2 milliards de dollars canadiens sur sa capacité à construire une industrie locale de l'IA capable de rivaliser avec les États-Unis tout en préservant sa souveraineté économique.
Le Canada mise 2 milliards de dollars canadiens sur sa capacité à construire une industrie locale de l'IA capable de rivaliser avec les États-Unis tout en préservant sa souveraineté économique.

Le Canada a dévoilé jeudi une stratégie nationale pour l'IA de 2 milliards de dollars canadiens qui comprend des prises de participation directes dans des startups locales, visant à porter l'adoption de l'IA par les entreprises à 60 % d'ici 2034, contre 12 %, et à créer 250 000 emplois.
« La question n'est pas de savoir si l'IA transformera nos vies — elle change déjà notre façon de travailler, d'apprendre et de communiquer », a déclaré le Premier ministre Mark Carney dans un discours à Toronto. « La question est de savoir si elle améliorera la vie de tous les Canadiens ou ne profitera qu'à quelques-uns. »
Le plan, intitulé « IA pour tous », alloue 500 millions de dollars canadiens à un Fonds canadien de croissance technologique qui prendra des participations dans des entreprises d'IA à fort potentiel, ainsi que 500 millions de dollars canadiens par le biais du programme LIFT de la Banque de développement du Canada pour aider les petites et moyennes entreprises à adopter des outils d'IA. 700 millions de dollars canadiens supplémentaires élargiront l'accès à la puissance de calcul, et 500 millions de dollars canadiens financeront des initiatives régionales en matière d'IA à travers le pays. Le Fonds souverain récemment lancé soutiendra également ces entreprises « le cas échéant », précise le document de la stratégie.
La stratégie prévoit 200 milliards de dollars canadiens de production économique supplémentaire sur cinq ans et 250 000 nouveaux emplois liés à l'IA d'ici 2031. Le secteur numérique du Canada emploie déjà 800 000 travailleurs et contribue à hauteur de 140 milliards de dollars canadiens au PIB, avec 150 000 postes directement liés à l'IA — mais le gouvernement reconnaît une « réalité inconfortable » selon laquelle les États-Unis ont été une destination plus attrayante pour les pionniers canadiens de l'IA. Plus de 3 500 entreprises canadiennes développent activement des modèles et outils d'IA, levant collectivement plus de 37 milliards de dollars canadiens en capital-risque.
La souveraineté comme moteur stratégique
La souveraineté est un thème central de la stratégie, reflétant l'inquiétude accrue des Canadiens après que le président américain Donald Trump a qualifié à plusieurs reprises le pays de « 51e État ». Le document avertit que les entreprises canadiennes stockent des données sensibles dans des juridictions étrangères et qu'Ottawa dépend d'infrastructures qu'elle ne possède pas. Carney a déclaré que l'IA « pourrait être utilisée comme une arme contre nous ».
Pour y remédier, le gouvernement propose de construire un supercalculateur public de « classe mondiale » et de soutenir des centres de données d'IA à grande échelle pour les clients canadiens, avec pour objectif d'augmenter considérablement la capacité de calcul d'ici 2030. La stratégie vise à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers pour les infrastructures d'IA, positionnant l'approche canadienne aux côtés des efforts similaires d'IA souveraine en France, au Japon et en Allemagne.
Combler le déficit de confiance
Le scepticisme du public reste un obstacle majeur. Seuls 34 % des Canadiens font confiance à l'IA, et près de 80 % s'inquiètent de ses conséquences négatives, selon une étude de 2025 menée par KPMG International LLP et l'Université de Melbourne. La moitié des Canadiens considèrent l'IA comme une menace pour l'humanité, indique la stratégie.
Ottawa prévoit de lancer une initiative nationale de culture numérique offrant une formation de base dans les bibliothèques publiques et de s'associer à des prestataires de soins de santé pour déployer 200 millions de dollars canadiens d'outils d'IA visant à réduire les charges administratives des médecins. Le Canada est en retard par rapport à ses pairs en matière de formation et de confiance dans l'IA, se classant faible parmi les nations de l'étude mondiale KPMG-Melbourne.
Le gouvernement a également promis une nouvelle législation sur la protection de la vie privée des consommateurs ciblant la protection des données des enfants, les deepfakes et un contrôle accru des informations personnelles, ainsi que 50 millions de dollars canadiens pour surveiller les risques émergents de l'IA. Il n'a pas fourni de calendrier de mise en œuvre — une lacune critiquée par l'opposition conservatrice. « La sécurité et la sûreté promises dans ce document sont introuvables », a déclaré la députée Melissa Lantsman aux journalistes.
Perspective d'investissement pour les investisseurs
Pour les investisseurs, la stratégie indique que le Canada est déterminé à retenir les talents et les entreprises d'IA qui ont historiquement migré vers le sud. Le Fonds de croissance technologique de 500 millions de dollars canadiens, combiné au soutien du Fonds souverain, pourrait stimuler les valorisations des startups canadiennes d'IA et des entreprises technologiques cotées en bourse exposées à l'IA. La volonté du gouvernement de prendre des participations reflète les approches utilisées par la France et Singapour pour créer des champions nationaux dans les secteurs technologiques stratégiques. Cependant, l'absence de détails sur la réglementation de la sécurité de l'IA et le calendrier de la législation sur la vie privée introduit une incertitude pour les entreprises qui développent des produits d'IA pour le marché canadien.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.