Les anticipations d'inflation des entreprises canadiennes ont bondi au deuxième trimestre, mais cette hausse reflète largement les craintes liées aux coûts énergétiques qui se sont depuis atténuées après le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, qui a fait chuter les prix du brut.
L'enquête trimestrielle sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada, publiée lundi, montre que 44 % des sociétés s'attendent désormais à ce que l'inflation dépasse 3 % au cours des deux prochaines années, soit quatre fois plus que les 11 % enregistrés au premier trimestre. Cette hausse s'est concentrée sur les attentes concernant les coûts des intrants non salariaux et les prix de vente, qui ont atteint des niveaux observés pour la dernière fois au début de 2023, selon la banque centrale.
« Ces enquêtes justifient une interprétation plus prudente que d'habitude, en mettant l'accent sur l'identification des signaux qui restent pertinents dans les conditions actuelles », a déclaré Tiago Figueiredo, économiste chez Desjardins Securities. La majorité des réponses ont été recueillies lors d'entretiens téléphoniques et vidéo du 1er au 21 mai, avant que les États-Unis et l'Iran ne parviennent à un accord autorisant la reprise du trafic pétrolier par le détroit d'Ormuz.
Le prix moyen du baril de pétrole brut s'établissait à environ 90 $ pendant la période de l'enquête. D'ici lundi, les cours de référence étaient tombés dans la fourchette des 67 $ après l'accord intérimaire du 14 juin entre Washington et Téhéran. Une enquête de suivi distincte menée par la Banque du Canada auprès de dirigeants d'entreprise a montré que les anticipations d'inflation avaient diminué après le cessez-le-feu, a indiqué la banque centrale.
Ces données présentent un tableau complexe pour les décideurs politiques avant la prochaine décision de taux de la Banque du Canada le 15 juillet. Le gouverneur Tiff Macklem a déclaré fin juin que la trêve au Moyen-Orient élimine une partie du risque de hausse de l'inflation, et les marchés monétaires et les économistes s'attendent à ce que la banque centrale maintienne son taux directeur à 2,25 % au moins jusqu'à la fin de 2026. Le taux d'inflation annuel du Canada a accéléré à 3,2 % en mai, un sommet sur deux ans, bien que Macklem ait indiqué que les preuves d'un débordement des coûts énergétiques plus élevés vers d'autres biens et services étaient limitées.
Le moral des entreprises s'assouplit alors que les craintes commerciales s'apaisent
L'indicateur des perspectives commerciales de la banque, une mesure composite des perspectives dans les conditions économiques actuelles, est tombé à -0,39 au deuxième trimestre contre -0,35 au premier trimestre, sa première baisse en trois trimestres. La lecture reste bien au-dessus du -2,41 enregistré un an plus tôt, lorsque les tensions commerciales avec les États-Unis étaient à leur apogée.
La part des entreprises planifiant ou budgétisant une récession au Canada au cours des 12 prochains mois est passée de 9 % à 17 %, selon l'enquête. Les perspectives de ventes se sont légèrement assombries, reflétant un ralentissement des dépenses des entreprises et des consommateurs lié à la hausse des coûts énergétiques. Les intentions d'embauche se sont affaiblies et les entreprises ont continué à faire état de capacités excédentaires.
L'incertitude liée au commerce, bien que toujours présente, s'est atténuée par rapport aux scénarios les plus pessimistes qui dominaient l'année dernière. Moins d'entreprises ont signalé que les clients américains retenaient leurs commandes en raison de l'évolution des politiques commerciales, note l'enquête. Les intentions d'investissement sont restées globalement inchangées par rapport au trimestre précédent et se maintiennent à un niveau élevé, principalement stimulées par la demande intérieure et la maintenance de routine.
Implications politiques et voie à suivre
La Banque du Canada introduit deux nouveaux indicateurs liés à l'activité des entreprises et au comportement des prix à compter de ce trimestre, dans le cadre d'un effort pour mieux comprendre la nature du choc économique. L'indicateur d'activité a diminué, reflétant principalement des perspectives de ventes plus faibles, tandis que l'indicateur de prix a augmenté en raison des attentes d'une inflation plus élevée et d'une croissance plus forte des prix des intrants et des ventes.
La dernière fois que la Banque du Canada a été confrontée à une divergence similaire entre les craintes d'inflation à court terme et un contexte de croissance assoupli, c'était au début de 2023, lorsque la banque centrale avait maintenu ses taux stables pendant plusieurs mois avant de finalement reprendre les hausses, l'inflation sous-jacente s'avérant persistante. Les minutes des plus récentes délibérations de la banque ont montré que les décideurs ne voulaient pas réagir de manière excessive à la flambée des prix de l'énergie, mais ne voulaient pas non plus tarder à réagir à tout débordement susceptible d'accélérer la hausse de l'inflation.
Pour l'instant, l'effondrement des prix du brut par rapport à la période de l'enquête de mai suggère que les données sur les anticipations d'inflation pourraient déjà être obsolètes. « Certaines des inquiétudes concernant la croissance dans ce rapport, et surtout l'inflation, devraient être derrière nous », a déclaré Robert Kavcic, économiste chez BMO Marchés des capitaux. L'économie canadienne a rebondi en avril et est en voie d'enregistrer une croissance annualisée de plus de 2 % au deuxième trimestre, offrant un certain répit après deux trimestres consécutifs de contraction.
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