Les régulateurs fédéraux des États-Unis ont lancé une enquête antitrust contre Arm Holdings, examinant si le concepteur de puces utilise illégalement son quasi-monopole dans les processeurs pour smartphones pour étouffer la concurrence alors qu'il pénètre le marché des puces pour serveurs. La Federal Trade Commission (FTC) américaine examine si Arm restreint injustement l'accès de ses rivaux à son architecture de base, une décision qui fait suite au récent lancement par la société de son propre CPU pour centres de données et qui pourrait avoir un impact sur la part de marché de plus de 90 % qu'elle prévoit de détenir dans les processeurs d'IA personnalisés d'ici 2029.
« Cette initiative intervient alors qu'Arm a lancé son propre processeur AGI axé sur les centres de données... un changement significatif pour l'entreprise, dont l'activité se concentrait auparavant sur l'octroi de licences de ses conceptions de puces à d'autres sociétés », a rapporté Bloomberg, citant des personnes proches du dossier.
L'enquête exige qu'Arm préserve les documents internes liés à ses pratiques de licence et à sa stratégie d'expansion. Le point de friction de l'enquête est le passage d'Arm du statut de pur concédant de propriété intellectuelle (IP) — agissant comme une « Suisse » pour l'industrie des puces — à celui de fabricant de puces verticalement intégré. Ce pivot a été mis en évidence par l'introduction en mars d'un nouveau processeur pour les centres de données d'IA, ce qui le place en concurrence directe avec des clients majeurs tels que Nvidia et AMD, qui utilisent son architecture sous licence pour construire leurs propres produits de serveur.
L'enquête injecte une incertitude significative dans le modèle économique d'Arm, qui a porté son action depuis son introduction en bourse. Le risque principal pour les investisseurs est de savoir si les régulateurs pourraient forcer des changements dans les conditions de licence d'Arm ou même chercher à séparer son activité de propriété intellectuelle de sa nouvelle unité de conception de puces. L'enquête aurait été déclenchée par des plaintes des propres clients d'Arm, qui sont désormais aussi ses concurrents et craignent qu'Arm ne donne à ses équipes internes un accès préférentiel à ses meilleures conceptions, laissant les licenciés avec des alternatives de moindre qualité.
Le procès Qualcomm préfigurait l'examen réglementaire
Les problèmes réglementaires d'Arm n'ont pas commencé dans le vide. La relation de longue date de la société avec Qualcomm, le plus grand fabricant mondial de puces pour smartphones, s'est fracturée publiquement lorsqu'Arm l'a poursuivi en justice en 2022. Arm a soutenu que l'acquisition par Qualcomm de la startup de puces Nuvia n'avait pas transféré les licences architecturales de Nuvia, une affaire qu'Arm a finalement perdue. Suite à cette bataille juridique, Qualcomm a lancé une campagne antitrust mondiale, s'engageant auprès des régulateurs aux États-Unis, en Europe et en Corée. Cette campagne alléguait qu'Arm abusait de sa position dominante sur le marché, ce qui a abouti à une perquisition dans les bureaux d'Arm à Séoul par la Fair Trade Commission de Corée ces dernières années.
De la domination mobile à l'ambition de l'IA
L'architecture d'Arm est la norme incontestée sur le marché de l'informatique mobile, utilisée par Apple, Samsung, MediaTek et Qualcomm dans pratiquement tous les smartphones. Alors que l'architecture x86 d'Intel et d'AMD domine toujours les ordinateurs de bureau traditionnels, les puces basées sur Arm comme l'Apple Silicon et la série Snapdragon X de Qualcomm gagnent rapidement du terrain. Cependant, le champ de bataille le plus important est celui du centre de données d'IA. Les analystes prévoient que d'ici 2029, plus de 90 % des accélérateurs d'IA personnalisés seront construits à l'aide de la technologie Arm. En lançant son propre processeur serveur, Arm joue directement sur ce marché lucratif, une décision qui a mis ses plus grands partenaires — et maintenant les régulateurs — en état d'alerte. La question centrale pour la FTC est de savoir si une entreprise peut agir équitablement à la fois comme fournisseur de base et comme concurrent direct dans le même secteur.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.